Wed, 02/09/2011 - 02:00
By Christophe Châtelot
A Juba, future capitale du nouvel Etat du Sud-Soudan, le Nil blanc s'écoule paresseusement entre des berges sauvages et verdoyantes. Sur le port, un vaste terrain vague, deux populations se côtoient. Des dockers aux muscles luisants empilent sur leur tête des monceaux de sodas extraits d'un bateau sans âge amarré aux arbres. A l'ombre des manguiers hauts comme quatre étages, des dizaines de familles désoeuvrées les regardent.
Parmi eux, Charles Salvatore. A 34 ans, il fait partie de ces quelque 150 000 Sudistes qui ont quitté le nord du Soudan depuis le 30 octobre 2010, selon les chiffres de l'Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Le phénomène des retours a commencé en 2005 après la signature de l'Accord de paix global (CPA) qui a mis un terme à plus de vingt ans de guerre civile entre le Nord, globalement arabe et musulman, et le Sud, peuplé d'Africains chrétiens ou animistes. Le CPA ouvrait la voie à l'indépendance du Sud. Indépendance pratiquement acquise depuis la victoire écrasante du oui (à 98,83 %) au référendum d'autodétermination du 9 janvier.
" Enfin, je suis rentré chez moi ", s'exclame Charles. Ce plombier a passé dix-huit ans " en citoyen de seconde zone, déraciné ", dans un taudis sur la ceinture de pauvreté de Khartoum. " Avant le CPA, c'était invivable au Sud ", explique-t-il.
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Par les airs, la route ou la rivière, le flot de retour se déverse sur tout le Sud-Soudan. Début février, 20 000 candidats au départ attendaient toujours à Khartoum, selon l'ONG Refugees International. " Ce flux continuera pendant des mois alors qu'il submerge déjà les capacités d'assistance des autorités sud-soudanaises et de ses partenaires ", avertit OCHA. Une aide d'autant plus difficile à organiser que la plupart des départs s'organisent spontanément, surtout depuis les Etats du Nord frontaliers du Sud où la tension est la plus grande.
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